Actualité - 25/03/2008
Racisme et foot, quelle exemplarité ?
n'est pas le football qui crée le racisme. Il est même au contraire un
puissant vecteur d'ouverture sur les autres et de fraternité comme le
soulignent Pascal Blanchard (historien), Pascal Boniface (géopoliticien),
Lilian Thuram (photo, footballeur) et Michel Wievorka (sociologue) dans une
tribune publiée le 24 mars dans les colonnes du journal Libération. .
A Metz, un joueur de football marocain, Abdeslam Ouaddou, a été victime
d'injures racistes répétées. Sans doute en fonction du critère de la double
peine, il a reçu un carton jaune de la part de l'arbitre pour avoir voulu
s'expliquer avec celui qui l'insultait copieusement. A Bastia, et en son
absence, des banderoles racistes et homophobes s'en sont prises à Boubacar
Kébé, joueur de Libourne-Saint-Seurin qui avait déjà été la cible d'injures
racistes lors du match aller. Le communiqué publié par la Ligue professionnelle
de football pour dénoncer le racisme a été sifflé lors de sa lecture. En
Russie, des joueurs «noirs» de l'OM, à l'occasion de la Coupe de l'UEFA, ont
été injuriés, ont reçu des bananes et ont subi des cris de singes.
Fort heureusement, il y a unanimité pour réagir
vigoureusement et dénoncer ces débordements. Une commission est même mise en
place sous l'égide d'un ancien capitaine des Bleus, Marcel Desailly, pour
réfléchir à ces problèmes. Les dirigeants du football, les responsables
politiques, les médias ont tous condamné ces actes. Dans le cas des incidents
de Metz, la justice devrait suivre son cours.
Les insultes racistes dans le football ne sont pas
nouvelles, elles étaient même bien plus nombreuses auparavant en France ou dans
certains championnats européens : la bonne nouvelle, c'est qu'aujourd'hui,
elles ne sont plus tolérées par les autorités du football. Cependant, ces
incidents ne concernent pas que les spectateurs de ce sport populaire et mondial.
On souhaiterait même que la sévérité à l'égard des injures racistes dans le
football serve d'exemple dans d'autres domaines. Non, ce n'est pas le football
qui crée le racisme. Il est même au contraire un puissant vecteur d'ouverture
sur les autres et de fraternité. Par ailleurs, le monde du football se montre
plus sévère face aux dérives racistes que d'autres secteurs de la vie sociale.
En effet, quel sens y aurait-il d'être sévère dans
les stades et laxiste ailleurs ? Car il y a eu des déclarations racistes en
politique, dans les médias, dans la vie intellectuelle sur les joueurs ou sur
les «Noirs». Il faut mener le combat contre le racisme et toutes les
déclarations qui le légitiment.
En politique, on constate avec consternation qu'un
président de conseil régional, lui aussi multirécidiviste de propos à
connotations racistes, qui déplore qu'il y ait «trop de Noirs en équipe de
France» et qui a traité un harki de «sous-homme», peut poursuivre
tranquillement sa carrière. Il va même, avec l'aval du Parti socialiste, être
candidat pour les sénatoriales en Languedoc-Roussillon et, dans le même
mouvement, il propose d'apporter le poids des fédérations de la région à un
candidat pour prendre la direction du PS sans déclencher la moindre réaction.
Tout cela parce qu'il aurait été «mal compris». D'autres, dans l'univers
politique ont résumé la crise des banlieues à des problèmes ethniques. Sur
cette même crise des banlieues, une académicienne avait eu des propos sur les
Africains dont le niveau de connaissance et d'intelligence relève plus du
stéréotype de propos de comptoir que du Quai Conti.
Dans les médias, un animateur a affirmé que le
problème de la famine en Afrique est dû «à la bite des Noirs», ce qui ne dénote
pas une grande finesse d'analyse historique, économique ou géopolitique. Il a
cependant reçu le soutien de nombreuses personnalités du show business au motif
qu'il ne serait pas raciste, puisqu'il a affirmé ne pas l'être.
Enfin, s'il s'agit de la vie intellectuelle, un
philosophe, a trouvé intéressant de noter «que l'équipe nationale de football
est composée presque exclusivement de joueurs noirs». Mais, il a déclaré n'être
«pas raciste», il faut donc le croire lui aussi. Pour lui, cette équipe de
France «black, black, black provoque des ricanements dans toute l'Europe».
Pourtant, depuis 1931, ils ont été plus de 63 joueurs «bleus», venus des
Antilles, de Guyane, de Nouvelle-Calédonie, du Sénégal, du Mali, de
Côte-d'Ivoire, à porter les couleurs nationales sur tous les terrains du monde,
sans faire rire personne, ni en 1982, ni en 1984, ni en 1998, ni en 2000, ni en
2006.
Le spectateur de Metz aurait-il pu s'en sortir lui
aussi par ce simple type de déclaration ? Peut-on être sévère envers le citoyen
anonyme et fermer les yeux lorsqu'il s'agit de nos élites ? Celles-ci
doivent-elles avoir plus de droits que les autres et oublier plus que d'autres
les leçons de l'Histoire ? Ne devraient-elles pas au contraire servir d'exemple
? Va-t-on ne sanctionner que le lampiste et exonérer les membres des hautes
sphères après qu'elles ont dérapé ?
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